Dossier: la chasse illégale, une pratiquement malheureusement courante au Liban

Selon les ONG locales, plus de 2.6 millions de volatiles de 327 espèces différentes sont tuées annuellement au Liban, soit 248 oiseaux par kilomètre carré. Les chasseurs auraient souvent recours à des méthodes illégales, dont des filets de pêche, capturant des milliers d’oiseaux en même temps. Des images avaient alors défrayé les réseaux sociaux, notamment en 2018.

Le Liban se situe en effet dans un axe considéré crucial des flux migratoires des oiseaux qui se rendent ainsi en Afrique pour l’hiver après avoir passé l’été en Europe. Par ceux qui y passent, les cigognes, les oies sauvages et différents autres types d’oiseaux migrateurs.

Par ailleurs, le Liban abrite officiellement 399 espèces d’oiseaux dont certaines sont devenues endémiques, voire même en voie de disparition.

De nombreux pays dénoncent la chasse au Liban. Il s’agit notamment du cas de la Pologne dont les cigognes, un oiseau quasi-symbole national de ce pays, émigrent par le couloir libanais. Un grand nombre d’entre elles subissent un véritable hécatombe à leurs passages au Liban. Varsovie suit de près la situation, équipant certaines cigognes de dispositifs GPS afin de pouvoir les suivre. Certaines ont été abattues ces dernières années au Liban, ce qui a même amené les autorités diplomatiques polonaises à tenter de responsabiliser leurs homologues libanais sur la question.

Durant la guerre civile, certains allaient jusqu’à tirer sur les oiseaux à l’arme automatique.

En 2017, le Ministère de l’Environnement a réussi à faire appliquer la loi 580 qui régule la chasse au Liban. Elle avait été adoptée en 2004 et était restée lettre morte depuis.

Ces dernières années, plusieurs dizaines de chasseurs ont ainsi été arrêtées.

Cependant, de nombreuses violations de cette loi se poursuivent, année après année. En cause, la méconnaissance en général des règles et des textes en vigueur par les chasseurs qui abattent de nombreux volatiles appartenant à des espèces pourtant protégées, comme des cigognes ou oies sauvages.

Pour y faire face, les forces de sécurité intérieure appellent les personnes témoins de ces pratiques illégales à envoyer les témoignages photo ou vidéo via le formulaire de contact disponibles sur Facebook ou Twitter ou encore via le site  www.isf.gov.lb afin que les personnes coupables puissent être appréhendées et déférées devant les autorités judiciaires compétentes.

10% des chasseurs seulement possèderaient un permis …

Seuls 10% des chasseurs possèderaient un permis de chasse officiel, indiquent les autorités publiques.

Il est pourtant assez facile d’obtenir un permis de chasse officiel qui a une durée d’un an renouvelable. Les demandes peuvent être déposées auprès du ministère de l’Environnement, dans les bureaux de la compagnie nationale de courrier LibanPost, et dans les agences de transfert d’argent OMT, pour la somme de 100 000 LL pour la chasse aux oiseaux. Le ministère les accorder généralement dans un délai de deux mois.
Pour un permis de chasse des animaux à fourrure, il coûte 150 000 livres libanaises.

Selon la loi 580, les candidats au permis de chasse doivent être âgés au moins de 18 et passer un examen écrit portant sur la sécurité en matière d’armes à feu et sur la connaissance des enjeux et les respect des règles environnementales. Leurs connaissances des espèces interdites à la chasse et celles qui sont permises sera également testée.
À l’issue de cet examen, ils devront se rendre dans un stand de tir avec leurs armes pour vérifier qu’ils contrôlent l’usage de ces dernières.

Cependant, le permis de chasse n’est pas suffisant. Il faut également obtenir un permis de port d’arme, l’enregistrement de celle-ci, ainsi qu’une police d’assurance.

La chasse est actuellement interdite en dehors des dates d’ouverture officielles qui sont publiées chaque année au Journal Officiel.

Durant la partie de chasse, ces personnes devraient être aussi munis de permis de chasse et d’équipements conformes à la législation locale. Certains équipements comme l’utilisation de filets sont strictement interdits. Il est interdit d’utiliser toute forme de piégeage afin d’attirer des volatiles.

En cas de défaut d’observation de ces règles, les contrevenant risquent des peines d’emprisonnement et des amendes pouvant aller jusqu’à 1 million de livres libanaises et la saisie de leur équipement.

Des réserves naturelles où la chasse est strictement interdite

Les zones de chasse et les zones protégées au Liban. Source: spnl.org

Il existe au Liban des zones dites essentielles à protéger pour les oiseaux migratoire au Liban, notamment dans la Békaa, des réserves où la chasse reste strictement interdite en toute saison.

Il s’agit de zones désignées comme étant des réserves naturelles ou encore par décision prise en 2002.

Il existe au Liban quatorze réserves naturelles qui occupent 3 % environ de la superficie du Pays des Cèdres, au Nord du Liban ou encore au Sud avec la plage de Mansoura, réserve naturelle, lieu de ponte pour les tortues de mer.

Trois de ces réserves de biosphères sont classées par le Programme de l’UNESCO sur l’homme et la biosphère:

  • La réserve du Chouf, classé en 2005, qui comprend la réserve naturelle de Cèdres Al- Shouf et le marécage d’Ammiq ainsi que 22 villages environnants;
  • La Réserve de Jabal Moussa, classée en 2008;
  • La Réserve de Jabal Al Rihane, classée en 2007.

Par ailleurs, seule la chasse de seulement certaines espèces d’oiseaux est permise et leurs prises sont limitées.

Il s’agit notamment des cailles des blés (10 individus), des autres espèces de cailles (20), de pinsons (25), des bécasses (5), des colverts (5), des pigeons (5), et d’une espèce locale dénommée chukar (1).

Il est strictement interdit de chasser les cigognes et les oies sauvages en ce qui concerne les oiseaux migrateurs. Par ailleurs, la chasse des différents types de rapaces, qui font partis des espèces locales est également interdite. Il est enfin interdit de détruire des nids contenant des oeufs ou de capturer vivants des oiseaux.

Pour les autres animaux, il est permis de chasser 5 lapins ou encore les sangliers dont le nombre est stipulé à chaque ouverture de saison.

Il est également strictement interdit de chasser à moins de 500 mètres des habitations rendant normalement une grande partie du territoire libanais inaccessible aux chasseurs en raison de l’urbanisation importante du Pays des Cèdres …

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