Liban/Patrimoine: Kfifan, le couvent aux 2 saints

Le monastère de Kfifan a été rendu célèbre aujourd’hui en hébergeant les dépouilles de Saint Hardine et du bienheureux Estephan Nehmeh. En réalité nommé Monastère de Saint Cyprien et de Sainte Justine, ce couvent appartient aujourd’hui – tout comme celui d’Annaya où repose la dépouille de St Charbel – à l’Ordre Libanais Maronite.

Le nom de Kfifan désignerait une petite localité. Cette localité est située à environ 450 mètres d’altitude, dans le casa de Batroun, au Nord Liban.

Le couvent en lui-même daterait du XIème siècle soit de l’époque des croisades mais il comporterait également certains éléments paléo-chrétiens comme une colonne qu’on peut admirer au premier étage.

Par ailleurs, certains notent qu’une partie nord du couvent serait en réalité constitué des fondations d’une forteresse d’une période indéterminée, faute de fouilles récentes. D’autres évoqueraient que ces structures dateraient de l’époque romaine et plus particulièrement de celle de l’empereur Hadrien.
Le monastère sera, à un moment même vers le XIVème et XVème siècle, le siège du Patriarcat Maronite.

Lire ailleurs

L’Histoire de Saint Cyprien et de Sainte Justine, Saints qui sont fêtés le le 26 Septembre.
La page Facebook du Couvent pour plus d’information sur le calendrier des célébrations liturgiques.

Après avoir prononcé ses voeux solennels en 1853, St Charbel y poursuivra également ses études théologiques avant d’être ordonné prêtre à Bkerké, siège patriarcal maronite, le 23 juillet 1859, et de rejoindre ensuite le couvent de Saint Maron à Annaya.

Outre les tombeaux de Saint Hardine et du bienheureux Estephan Nehme situés au Sous-Sol, le monastère présente également un musée au premier étage où sont représentées les scènes de la vie monastique telle que les moines pouvaient la vivre au XIXème siècle.

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Nimatullah Kassab Al-Hardini

Nimatullah Kassab Al-Hardini. Source Image: Wikipedia.org

Nimatullah Kassab Al-Hardini est un saint du Liban qui est né en 1808 à Hardine au Nord du Liban et qui est décédé en 1858 dans une famille qui comptera 6 enfants. Son père Girgis (Georges) Kassab de Hardine et sa mère Mariam Raad de Tannourine, localité située non loin. Ils le nommeront Youssef, forme arabisée de Joseph. À Hardine, le futur saint passa ses premières années d’enfance entre les monastères et les ermitages de son village, à savoir St. Doumit, St. Georges. L’aspect religieux était déjà très présent au sein de sa famille avec un grand-père maternel Youssef Raad déjà prêtre du village de Tannourine.

Le village de Hardine, qui signifie : « pieux et dévot », est d’ailleurs connu pour la dévotion particulière de ses habitants. Il compte en effet, 30 églises et monastères.

Avec 4 de ses frères et soeurs, le jeune Youssef s’orientera vers une vie religieuse.

En 1828, alors tout juste âgé de 20 ans, le jeune Youssef intégrera l’Ordre libanais maronite, où se trouvait déjà un de ses frères, Élisée. Ces derniers étaient déjà présents non loin, par le monastère que le congrégation possédait alors à Houb.

Il y recevra le nom de Nimatullah ou « Grâce de Dieu ».

Désormais appelé Nimatullah Kassab Al-Hardini, le jeune moine ira d’abord au monastère de Saint Antoine à Qozhaya à proximité de la vallée sainte de Qadisha. Il y passera ses 2 premières années de noviciat. Sur place, une de ses tâches sera de se former à la vie communautaire et à certains travaux manuels comme la reliure des manuscrits des livres saints.

Mais c’est à partir du 14 nombre 1830, que le futur Saint rejoindra le monastère de Cyprien et de Saint Justine à Kfifan. Il y recevra des cours de philosophie et de théologie et y perfectionnera son don de travailler sur les reliures, tout en travaillant dans les champs appartenant à l’ordre.

Saint Hardini tombera malade. C’est alors que son supérieur le retire des travaux dans les champs pour lui demander de devenir le tailleur de sa communauté religieuse.

Il finira par devenir prêtre en 1835, devient directeur du scolasticat et professeur de théologie morale jusqu’à ses dernières années. C’est, non-loin de là, au lieu-dit de Bhersaf, que Saint Hardini fondera une école dite « École sous le chêne » où les jeunes villageois apprendront gratuitement différentes matières dont la lecture et l’écriture.

Alors que le Liban traversera les périodes difficiles des guerres civiles de 1840 et de 1845, avec ses lots de destructions et de violences notamment vis-à-vis de la communauté chrétienne, Nimatullah Kassab Al-Hardini se révèlera notamment avec sa devise:

« Le sage, c’est celui qui sauve son âme »

L'autel de la Vierge du monastère de Kfifane.
L’autel de la Vierge du monastère de Kfifane.

C’est dans ce contexte troublé, avec la destruction de nombreuses églises et monastères que Nimatullah Kassab Al-Hardini trouvera la force de fonder 16 autels dédiés à la Vierge Marie, dont celui qui se trouve au pied du Monastère de Kfifan.

Il sera ensuite nommé en 1845 par le Vatican Assistant Général de l’Ordre Libanais Maronite pour un premier mandat de 3 ans. C’est à ce titre qu’il enverra les 7 nouveaux moines au collège Jésuite de Ghazir, tout juste fondé en 1843 et qui sera à l’origine de l’Université St Joseph (USJ) à la suite de son transfert à Beyrouth en 1870.

Ces derniers formeront à leur tour les leurs.

Entre 1848 et 1849, Nimatullah Kassab Al-Hardini se retrouvera au monastère St Maron d’Annaya puis à celui de Houb, à proximité de son village natal.

Son mandat d’Assistant Général sera reconduit en 1850 pour 3 années supplémentaires.

À l’issue de ce 2ème mandat, il retournera à Kfifan pour enseigner la théologie morale puis retrouvera son poste d’assistant général en 1856 pour un troisième mandat. Il devra alors résider au monastère de Tamiche tout en poursuivant sa carrière d’enseignant au monastère de Kfifan.

C’est durant cette période que se trouve à Kfifan entre 1853 et 1859, parmi les élèves de Saint Hardini, un certain Charbel Makhlouf qui deviendra Saint Charbel ensuite.

Le cercueil de Saint Hardini à Kfifane.
Le cercueil de Saint Hardini à Kfifane.

Quant à Saint Hardini, il décèdera le 14 décembre 1858, suite à une pneumonie contractée en raison du froid.

Parallèlement à celle de St Charbel et de Sainte Rafqa, la cause de béatification de Saint Hardini sera présenté devant le Pape en 1926. Il sera proclamé Vénérable en 1989, alors que s’achevait la guerre civile libanaise et bienheureux en 1998. Il sera canonisé par le pape Jean-Paul II, le 16 mai 2004.

Sa dépouille se repose désormais dans un cercueil de Cèdre au couvent de Kfifane, au milieu de ceux qu’il aimait tant.

Le bienheureux Estephan Nehmeh

Le bienheureux Estephan Nehmeh. Source Photo: Wikipedia.org

Plus récemment, le 27 juin 2010, sous la présidence du cardinal Nasrallah Sfeir, le monastère de Saint Cyprien et de Sainte Justine a été le lieu de la cérémonie de béatification d’un autre moine de l’Ordre Libanais Maronite, celle du Bienheureux Estephan Nehmé

Né à Lehfed dans le caza de Jbeil, le 8 mars 1889, baptisé tout comme Nimatullah Kassab Al-Hardini, du nom de Youssef, Estephan Nehmé est issu d’une famille nombreuses. Ses parents étaient Estephan Bou Haykal Nehmeh et Christina El Badawi Khaled

À ses côtés, il trouvera 3 frères et 2 soeurs et se destinera très tôt à la prière.

C’est à l’âge de 16 ans, en 1905, qu’il choisira d’entrer au monastère de Kfifane sous le nom d’Estephan, comme son père.

Il résidera également douze ans au monastère Notre-Dame de Mayfouq, dix autres dans celui de Notre-Dame du secours à Jbeil, trois à saint Antoine de Houb.

Outre la prière, il se consacrera également aux travaux manuels, dans les champs et comme menuisier. Il sera nommé chef de champ, soit gérant des terres des monastères où il résidera. Sa vie sera alors exemplaire, notamment durant la Première Guerre Mondiale, alors que la population était durement touchée par la famine. Un tiers des habitants du Mont Liban, soit plus de 200 000 personnes, décèderont alors.

La dépouille d'Estephan Nehmé au monastère de Kfifane.
La dépouille d’Estephan Nehmé au monastère de Kfifane.

Le bienheureux Estephan Nehmé meurt le 30 août 1938 à l’âge de 49 ans dans le Monastère de Kfifane, après une mission fatigante au village de Meyfouk.

Ce n’est qu’en 1951, à l’occasion de l’enterrement d’un autre moine, que son corps sera découvert intact. C’est alors que sa dépouille sera désormais exposée dans un cercueil de verre au Monastère où elle réside.

Ce n’est également qu’après sa mort que les miracles apparaitront. Certains seront reconnus par l’Eglise Catholique dès les années 1960.

En 2017, le pape Benoît XVI le déclarera vénérable, puis en 2010, un décret de la Congrégation pour la Cause des Saints, également approuvé par le pape Benoît XVI, reconnaît que ces miracles ont eu lieu par son intercession.

Pour s’y rendre

On accède au couvent via la route précédent directement le fameux barrage de Madfoun. En chemin, une petite halte peut s’organiser avec la visite à l’Eglise Ste Nohra, la chapelle médiévale Notre Dame située à proximité et le fameux château croisé tous, situés dans la ville de Smar Jbeil.

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