Il était une fois… la Crêperie

Située sur un promontoire rocheux en dessous du quelle passait feu le train reliant Beyrouth à Tripoli, ainsi qu’un des rares parcs publics de la ville de Jounieh, ce dernier hébergeant un artefact phénicien auxquels les femmes souhaitant être enceintes sacrifient toujours quelques offrandes – des rubans généralement – , pour ne pas évoquer les infrastructures de plaisances de l’ATCL et des bains militaires, de la base de l’armée libanaise justement ou du petit port aux pêcheurs, Ce restaurant phare, lui-même hébergé dans une merveilleuse demeure traditionnelle libanaise du XIXème siècle avec un plafond peint ou encore une vue imprenable, n’est culinairement plus que l’ombre de lui-même.

Le cadre tout d’abord, nous avons profité hier soir de l’interruption nécessaire, pour cause de stress, MJ et moi, afin de sortir un peu. Faute de vrai restaurant au Kesrouan, nous avons finalement opté pour le fameux balcon de la Crêperie, par lequel on peut admirer la baie qui fut selon Lamartine, la plus belle baie du Liban, et qui demeure malheureusement aujourd’hui bétonnée et massacrée à partir des années 60 et du mandat de Charles Chéhab, en passant par l’exil forcé des Beyrouthins vers ses régions plus sûres durant la guerre civile et la poussée immobilière incompréhensible actuelle.

Il s’agissait en effet, dans les années 80, d’un des grands restaurants de la région ou défilaient les personnalités en vue de l’époque… Cet écrin n’en ait plus rien aujourd’hui. Il est vrai que le cadre ne convient guère aux nouvelles coutumes de la population en général, soucieuse  » de se faire voir », – une clientèle « parasitaire » qui semble vouloir accorder un spectacle collectif à chaque moment de leur vie, -acteurs dans l’âme peut-être- et donc qui est amenée à éviter ce restaurant pour notre plus grand bonheur d’ailleurs: pas de route à proximité mais l’intimité. Pas de m’as-tu vu », cela n’est pas possible. On peut noter également le fait d’être bercé par des airs de chansons françaises des années 70 et 80, une autre époque en quelque sorte, quand le Liban clamait avec fierté haut et fort son côté francophone, aujourd’hui oublié dans un mépris fait du flegme tout anglo-saxon. En parlant de la chansonnette Chi Mai d’Ennio Morricone qui se retrouvera au générique du film « Le Professionnel » de Belmondo à  « Mourir d’aimer » d’Aznavour et j’en passe, on peut se demander s’ils ont toujours le microsillon qui y sied d’ailleurs. Un cadre désué en quelque sorte… mais qui conserve un charme qui lui est propre.

Le menu ensuite… Il est de plus en plus « réduit », on en dirait même, au long de longues années de fréquentation, une peau de chagrin. Les plats proposés rappellent ce que les petits bistrots parisiens ont, sans même en avoir le goût. Bon d’accord, cela n’est pas réduit aux normes du Fast Food ou plutôt Junk Food comme beaucoup d’établissements libanais qui n’ont de restaurants que le nom, mais quant-même, on peut espérer quelque chose de meilleur. Il est si simple que de faire un poulet ou des brochettes grillées accompagnées par des frites même à la maison, voir même à un cœur de filet au poivre. Ce n’est donc pas une raison suffisante pour être réduit à ces quelques artifices qui peut-être satisferont les touristes de passage mais en aucun cas, les personnes comme nous à la recherche d’une véritable restauration dans la région.

Il serait tellement plus facile d’offrir quelque chose d’exceptionnel en lieu et place de féculents si simples à préparer. Rehausser le goût des légumes par exemple, avec quelques épices. Un cœur de filet au poivre ne justifie pas de devoir bruler un estomac, les choses peuvent être plus sublimes, surtout que le matériel de départ – à savoir la viande – était bon. On peut se demander si la quantité n’a pas été privilégiée en détriment de la qualité, hors quantité, je n’ai jamais vu la Crêperie « full house » comme on le dit ici.

Vous pourrez cependant toujours vous consoler avec les fameuses crêpes en dessert, spécialité de la Maison, à moins que vous préfériez faire comme nous, et commander des profiteroles pour finir avec un digestif, en l’occurrence un armagnac, aux arômes subtiles, à la robe aux couleurs d’or profondes et au goût extraordinaires et qui se doit d’être accompagné par un bon cigarillo à défaut du cigare habituel.

Notre repas:

Pour elle: des calamars grillés

Pour lui: Un coeur de filet de 250 grammes à la sauce au poivre

Le tout accompagné, contrairement à notre usuelle habitude qui nous fait d’habitude choisir un Sunset de Ksara,  par – pour une fois – un rosé Château Musar de 2007. Il faut reconnaitre cependant que le Ksara reste meilleur.

En dessert: un partage de profiteroles et un armagnac en digestif.

Le tout pour 71 USD

Notre note: 3.5 sur 5

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